Osons Causer de la négrophobie/négrophilie ordinaire de gauche

[EDIT] : le titre du billet était « Osons Causer de la négrophobie ordinaire de gauche » mais il semble que le lien entre négrophilie et négrophobie dans le contexte de la domination blanche n’est pas clair pour celles et ceux qui me lisent, donc j’ai corrigé le titre et je vous invite à faire plus de recherches sur le sujet avant de laisser des commentaires. Merci 🙂

Oui apparemment il le faut, non ça ne me fait pas plaisir, mais il faut bien continuer la conversation.source
Après l’annonce de leur vote Insoumis aux présidentielles, et après une petite interview sur France Culture, le cas de Ludo de la chaîne OSONS CAUSER me permet de problématiser une fois de plus la fameuse convergence des luttes.

Je tiens à préciser qu'il ne s'agit en rien de s'en prendre à la personne qu'il est, mais de plutôt se pencher sur le rôle qu'il choisit de jouer sur cette scène politique  dont il se déclare acteur (et il n'est pas le seul).

Vivant à moitié sur youtube, j’ai vite remarqué leur apparition et les ai suivi assidûment, saluant leur travail de recherche et d’éducation politique, dans laquelle de nombreux vidéastes se sont lancés ces dernières années (Usul2000, Dany Caligula, Histony, Le Stagirite…) et dont vous trouverez des vidéos ici (des ressources éducatives précieuses avec des mises au clair parfois personnelles). Avec Osons Causer, ce qui m’a gênée dès le début, c’est le « wesh wesh les amis » comme phrase d’accroche. J’en ai parlé autour de moi, tout en conseillant la chaîne évidemment, je sais faire la part des choses.
Je me souviens avoir laissé un commentaire bienveillant sous une vidéo traitant du féminisme expliqué via Game of Thrones qui manquait cruellement d’une perspective intersectionnelle… et probablement d’autres, mais la discussion n’a pas pris. Peu importe, on est sur Internet.

Puis il y a eu #OnVautMieuxQueCa, première prise de position politique plus publique, édition d’un bouquin, passage dans les médias. Et bien sûr #NuitDebout. Les injonctions aux quartiers populaires pour rejoindre le mouvement, quelques échanges et malaises, des prises de paroles plus ou moins intéressantes, mais au final, une gauche blanche qui échoue à reconnaître la bancalité d’un mouvement qu’ils rêvent convergent mais qui s’avère assez uniforme à travers certaines lentilles. Car si ce fut un grand moment démocratique pour la capitale pour certain.e.s, pour d’autres ça relevait plus une teuf de parisien.ne.s blanc.he.s. Ça dépendait de quels côtés des miroirs on était.

Osons Causer ont fini par partager leurs vidéos sur facebook, ce qui me semble a grandement augmenté leur visibilité, et le visage de Ludo a carrément envahi ma TL, plutôt partagé par des personnes blanches qui postent rarement du contenu politique. Leur message, « résolument de gauche et contre le Capital » semble avoir fait son chemin, j’ai même des amis qui les soutiennent financièrement. En tant que vidéaste, je dis tant mieux pour eux. Et en même temps, quelle absence totale de surprise quand je tombe sur cette interview de Ludo sur France Culture (certainement montée), qui raconte son enfance en banlieue pavillonnaire, sa peur des racailles à l’époque, comment il a dépassé ses préjugés et réussi à se faire accepter par ces « autres » (comme il le décrit), et comment son accroche « wesh wesh » lui vient de ce capital culturel commun avec ses copains noirs de la cité voisine qui le faisaient fantasmer.

OSONSCAUSER FRANCECULTURE

Dans son interview, il nous révèle oklm presque avec tendressse qu’il « jouait les négros » pendant son adolescence, baggys et tout le tralala et se faisait un peu d’argent en vendant des copies de CDs de hip-hop avec le graveur de son papa médecin. Et il en rit. Je lui connait une grande dynamique émotionnelle, l’ayant vu parler de sujets graves ou plus légers auparavant. Le ton était léger. Il raconte comment il s’est « adapté » aux deux mondes pour naviguer selon l’envie. Libre à lui de raconter son enfance avec humour, cependant ce qu’il semble avoir fait par envie, certain.e.s le font par survie. C’est peut-être ce qui lui permet de rire aujourd’hui à la radio nationale, de « Jim, le mec de 4ème qui n’est venu que trois jours en cours et qu’on a jamais revu ». Pour les travailleur.euse.s dans l’éducation, je suppose que le sujet du décrochage scolaire ne figue pas dans les trending topic de l’humour en ce moment. C’est plus un fléau, mais chacun son humour.
L’avènement d’un gouvernement ultra-libéral, dans la continuité de la Loi Travail/Macron/El Khomri, est un coup de grâce que l’école publique française ne peut pas se permettre.
Et comme les chroniqueurs politico-humoristiques de France Inter (Meurice, Barré…), Ludo d’Osons Causer n’échappe pas à l’angle mort de tant de Blanc.he.s. Assumer avec humour leurs propres privilèges sans le mépris qui y est trop souvent accolé (in the end, who is the butt of the joke?)

Apparemment le message ne passe pas malgré les explications.

OSONSCAUSER LTDA

 

OSONSCAUSER enfance privilege de l'innocence
Le privilège de l’innocence
OSONSCAUSER Marius et Marina
Aahh, le dialogue, ce mystère.

Diaboliser ou entendre: are you talking to me?

Avec cette vidéo, Osons Causer arrivent aux mêmes constat que les médias libéraux aux U.S.A. juste après l’élection de Trump. Choqués par les résultats électoraux du candidat raciste, misogyne, homophobe et transphobe et le succès de son discours, ils se retournent tout coupables vers leurs concitoyens qu’ils traitent toute l’année avec mépris. Ils ont ENFIN commencer à se demander si ce n’était pas la rancœur des classes populaires blanches qu’il fallait arrêter de balayer sous le tapis afin d’enrayer le recrutement de pauvres par les forces réactionnaires du pays (groupuscules violents, radicalisation à l’extrême droite). La colère des pauvres est légitime, on ne l’écoute pas assez, celles et ceux qui vivent dans ces territoires laissés pour compte, où il n’y a quasi pas d’immigration, mais là où le vote frontiste bat des records.vote fn 2017

Cette rhétorique ne s’adresse clairement pas à moi et à ceux qui comme moi, se sont déjà retrouvés plus d’une fois à vouloir dialoguer avec des supporters du FN (de la ville ou de la campagne) pour les écouter, même sans essayer de les dissuader de voter contre le front. Mais simplement de rappeler que le vote FN va faire empirer ma vie ne suffit pas à toucher l’empathie de la personne en face de moi, qui répond froidement interrogations humanistes apparemment naïves, tout en se faisant passer pour « pragmatique ».

Si les classes populaires blanches et racisées n’arrivent pas s’unir dans un combat efficace contre le patronat et le capital, c’est à cause du racisme latent ou explicite, ou au mieux la tolérance qu’ils et elles éprouvent envers des postures ouvertement racistes, islamophobes, négrophobes, rromophobes, homophobes et xénophobes usées par le parti dynastique des Le Pen depuis littéralement deux générations! La nièce vient de sortir du game (ouf?) pour aller faire du bizness avec son père en Côte d’Ivoire (ah…).

Des intérêts divergents

S’ils en arrivent à voter Trump/Le Pen pour sanctionner la classe dirigeante, c’est parce qu’ils arrivent à faire la sourde oreille sur le fond des lignes politiques les plus épineuses de leurs candidats populistes, et donc à voter non seulement contre leurs propres intérêts (une héritière qui prétend représenter le peuple versus un banquier qui prétend porter la parole du peuple, merci la France!) et encore plus contre les intérêts de l’immigration post-coloniale qui vit sur le territoire français (français.e.s de papier, migrant.e.s, réfugié.e.s) qui depuis des décennies est évidemment aux premières lignes de la guerre livrée par le néolibéralisme.

Bien évidemment, on trouvera des personnes racisées convaincues des bienfaits que nous apporterait la dynastie Le Pen (j’en ai parlé rapidement ici), mais ils extrêmement minoritaires. Clairement moins nombreux que ce qui prétendent que le parti n’a plus aucun lien avec ses origines, intimement liées à la défaite coloniale de la France en Algérie, qui ne semble toujours pas avoir été digérée par certains anciens qui ont eux aussi légué leur rancoeur en héritage.

Rire de la peste ou du choléra

Ce n’est probablement plus le « portrait type » de l’électeur FN. Le fait est qu’entre le premier et le deuxième tour des présidentielles, près de 4 millions de Français.e.s ont choisi de voter pour Le Pen. Des nouveaux votes, qui auraient pu être blancs, ou des abstentions. Je les vois comme des votes de convictions de droite ou des votes de rejet absolu de Macron, toujours en faisant fi du racisme inhérent au discours nationaliste frontiste.

Loin de moi l’idée de voir en Macron un « moindre mal ». Sa politique néolibérale a déjà bien commencé et continuera à faire des dégâts ici et ailleurs. La précarité se généralisera encore plus, les dépressions, suicides et la violence ne risquent pas de diminuer dans l’Hexagone, peut-être jusqu’à un jour se rapprocher plus de ce qu’on peut constater dans les « Outre Mer », premiers territoires oubliés de la République, comme les Guyanais et Guadeloupéen.ne.s nous l’ont rappelé ces dernières années. Une fois de plus, une partie de la population est historiquement plus exposée à cette domination intersectionnelle (classe, race, genre, nationalité, territoire…) qui pousse les Blanc.he.s pauvres et de classe moyenne à voter Marine pour dire merde ou pour sauvegarder « le peu de privilèges » qu’il leur semble encore possible de garder jalousement.

Nous le devons partiellement à un souhait de la part de la classe libérale blanche de « ne pas brusquer/diaboliser/blâmer » les électeurs FN pour leurs choix, quand on se contente de faire des constats et qu’on leur demande d’en prendre la responsabilité. Je suis réaliste, nous sommes en 2017, aujourd’hui, une parole de travers et c’est une pluie de notifications et de tweets, je respecte la sensibilité de chacun.e. Mais je peux tout autant en rire, non?

Le prix de la paisibilité blanche

Les électeurs FN se foutent pas mal du racisme. Pas mal d’électeurs de gauche aussi (si on s’en tient aux faits, pas aux discours, quoique même les discours c’est vraiment pas ça). Si ces luttes intersectionnelles ne sont pas une priorité, déjà faut-il que ce soit un vrai problème. Ce qui n’est pas vraiment le cas, sauf lorsqu’il s’agit de « racisme anti-blanc » tiens. Ils soutiennent une politique de faveur envers « les Français », pour la grandeur de la France, avec une idée étriquée de ce que Français peut vouloir dire pour celles et ceux qui se trouvent aux croisements d’une histoire marquée par la violence, les inégalités et l’exploitation sur une base raciale, de genre et de classe! Enfin, ce n’est que mon avis.

guyane
Le privilège de la Francité

Ce que je retrouve par exemple dans cette vidéo de Osons Causer. Quand je vois des « gens de gauche » me demander de fricoter avec des idées en fermant les yeux sur ce qu’elles sont, même lorsqu’elles sont d’un danger certain pour moi à titre personnel. Des idées qui ont déjà été invoquées comme des menaces envers des gens qui me ressemblent. « vous verrez quand Marine arrivera au pouvoir » et autres « nique ta race » en pleine rue alors même que je suis née ici, j’ai des papiers et que je fais partie des plus privilégiées? Je peux me permettre de prendre du recul, mais je n’ai pas eu besoin d’attendre après les élections pour le faire. Le passage de cette échéance n’est pas vraiment un soulagement pour moi qui tente aussi de créer des espaces de discussion politique hors saison électorale. Mais non seulement j’ai dépassé le stade d’écouter volontairement les électeurs FN (merci j’ai déjà donné), mais en plus je n’ai pas vraiment le choix de les entendre, je n’entends que ça! Que le discours du FN se soit propagé à droite ou que ce soit la Droite qui l’a rejoint, des diatribes pseudo-pragmatiques en faveurs des travailleurs et entrepreneurs (souvent blanc.he.s) et à la défaveur des plus marginalisés (non-blanc.he.s) pullulent à droite.

Les intérêt politiques des classes populaires racisées et blanches ne sont pas les mêmes pour la simple raison que c’est sur l’oppression des premières que se sont construits et continuent de se construire les privilèges des autres. Les Blanc.he.s et/ou Occidentaux profitent de fait du malheur des non-Blanc.he.s, particulièrement dans pays des Suds. Remember: l’exploitation et le travail forcé nous donnent toujours notre sucre, notre café, notre cacao et nos technologies. L’émancipation des femmes françaises, l’amélioration de soins et des conditions de vie des français ont été rendus possibles par la racialisation du travail du CARE et du service public (Bumidom, Chibanis), du travail dans les mines (Congo), dans l’industrie, la construction, dans le textile, des secteurs où les conditions de travail sont les plus pénibles et précaires, et la rémunération et la reconnaissance faible. Bien sur qu’il y a une longue tradition des classes populaires blanches de lutter contre (néo)libéralisme. Elles sont aussi la cible de stéréotypes classistes et préjugés élitistes. Et ce qu’on leur fait miroiter, c’est la possibilité de s’en sortir par assimilation à la Blanchité, plus précisément à la Francité. Choisir l’arbitraire de frontières, de couleur de peau et de phénotypes comme guide des affaires publiques ne peut être une bonne résolution. Si on adhère à la notion d’ennemis politiques objectifs, l’éventualité d’une « trahison de classe » de la part des classes populaires blanches apparaît comme une réalité pour des chômeur.euse.s et travailleur.euse.s racisé.e.s qui luttent en première ligne depuis longtemps contre la précarité et la marginalisation.

Conclusion

Ludo nous parle du vote FN dans les lieux les plus marginalisés de France, les plus en difficulté, ceux qui souffrent du chômage, vivent dans des HLM, et les propriétaires de petites maisons qui n’arrivent pas à payer leur crédit…sauf dans les grandes villes! Parce que dans les grandes villes, où le taux de population immigrée est important, et elle est: largement concentrée dans des cités dans des HLM vétustes en trop petit nombre, particulièrement touchée par le chômage à des taux record et n’a même pas accès au crédit ou au marché de l’immobilier. Tout ça à quelques stations de RER du centre! Ce vote frontiste rural blanc est près à nous mettre sous le rouleau compresseur libéral, que l’issue soit frontiste ou macroniste, c’est le prix à payer pour la paisibilité blanche.

Voilà ce que je propose. Je préviens tout de suite, ça ne va pas plaire aux universalistes blanc.he.s, mais ça s’adresse à eux. Vous vous occupez des vôtres, on s’occupe des nôtres. Mais tardez pas, parce que vous avez peut-être quelques siècles d’histoire à rattraper. La conscientisation de la population racisée grandit, et la complicité (mieux que la convergence) ne saurait s’installer sans un respect mutuel.

Et en 2017, entendre un supposé camarade de lutte se marrer en parlant de « jouer au négro », ça ne m’inspire pas le respect. Try again. Comme une impression de déjà-vu. En 2017, « négro » et « bamboula » ça reste convenable à droite et à gauche.

Sources

  • Racisme de gauche

https://www.franceculture.fr/emissions/jeunesse-2016/39-ludo-petits-avec-mon-frere-fantasmait-detre-noirs*

https://blogs.mediapart.fr/brigitte-pascall/blog/050315/les-fondements-ideologiques-du-racisme-respectable-de-la-gauche

  • Le vote d’extrême droite

http://www.lefigaro.fr/elections-americaines/2016/11/09/01040-20161109ARTFIG00250-trump-fait-carton-plein-dans-la-rust-belt-epicentre-de-la-colere-blanche.php

https://www.franceculture.fr/politique/exode-urbain-et-inegalites-les-cartes-du-vote-fn

http://www.bfmtv.com/politique/les-electeurs-parisiens-rejettent-le-vote-front-national-1149613.html

https://latoiledalma.wordpress.com/2017/04/29/paroles-de-francais-es-racise-e-s-qui-votent-le-pen-en-2017/

  • Des travailleur.euse.s racisé.e.s en France

http://la1ere.francetvinfo.fr/decryptage-bumidom-exil-force-437543.html

https://blogs.mediapart.fr/rachid-barbouch/blog/060317/lexploitation-des-enfants-dans-les-mines-du-congo

http://www.constructif.fr/bibliotheque/2006-10/un-besoin-permanent-de-migrants.html?item_id=2744

http://www.leparisien.fr/economie/chibanis-marocains-la-sncf-fait-appel-de-sa-condamnation-23-11-2015-5305005.php

  • Assimilation à la Blanchité 

https://www.youtube.com/watch?v=pPGCpA1FWn4

 

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19 réflexions sur “Osons Causer de la négrophobie/négrophilie ordinaire de gauche”

  1. Bonjour, ta publication est très instructive et bien écrite, merci! Je suis ce que tu appellerais peut-être un universaliste blanc, et j’avoue avoir du mal à comprendre ce que tu nous proposes (mais c’est fait exprès et tu nous en préviens): « Voilà ce que je propose. Je préviens tout de suite, ça ne va pas plaire aux universalistes blanc.he.s, mais ça s’adresse à eux. Vous vous occupez des vôtres, on s’occupe des nôtres. Mais tardez pas, parce que vous avez peut-être quelques siècles d’histoire à rattraper. La conscientisation de la population racisée grandit, et la complicité (mieux que la convergence) ne saurait s’installer sans un respect mutuel. » Qu’est-ce que ça veut dire qu’on doit s’occuper des nôtres et vous des vôtres? En fait mon esprit étriqué n’arrive même pas à comprendre (admettre?) qui sont les miens et qui sont les votres. Plus qu’un respect mutuel (ce qui devrait aller sans le dire), ce qu’il nous manque souvent c’est du mutuel, je veux dire par là une connaissance mutuelle, et dans la lutte politique (attention c’est là que je ressors certainement mon universalisme blanc) l’enjeu c’est de « faire comprendre », tout du moins de diriger dans ce sens notre travail, que le problème du chômeur (blanc) Nord qui a subit le désindustrialisation, de l’agriculteur qui n’arrive plus à vivre, c’est un problème économique de répartition des richesses et pas la faute de l’immigré qui subit au même titre et même davantage la violence capitaliste? Est-ce que le combat ne consiste pas à défaire l’hégémonie du discours d’extrême droite qui nourrit notamment les divisions à l’intérieur même de la classe ouvrière? Sortons notre Marx, si pour lui la victoire doit venir du prolétariat comme « classe universelle », il ne s’agit pas pour lui d’une universalité abstraite, mais par ce qu’elle est déterminée matériellement, d’une universalité concrète. L’ouvrier prend conscience que ce qu’il partage le plus fondamentalement avec l’autre ouvrier, ce n’est pas sa couleur ou sa religion mais ses conditions matérielles d’existence. Je présente d’avance mes excuses pour la pédanterie, mais n’y a-t-il pas là un enjeu? Est-ce que pour vous on ne peut pas concrètement dépasser des clivages « raciaux » et il s’agit donc seulement de réussir à devenir « complice », puisque nous ne pouvons pas converger?
    Même si comme je l’ai dit je suis « blanc » et « universaliste », les questions que je pose sont sincères, je connais très mal le discours que vous tenez, et il est très certainement mal représenté en France parce que je suppose que son expression ne se limite pas à celle qu’en donne le PIR, bref, je suis curieux d’apprendre de ça et de lire ce que vous écrivez, je reviendrais!
    Merci

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    1. Le truc c’est que pour survivre les racisé.e.s ont besoin de connaitre les codes du monde blanc et bourgeois. Les blanc.he.s et/ou bourgeois peuvent continuer à parler d’universalisme car depuis le début, les fameux droits de l’Homme étaient ceux des hommes blancs aisés. (Rappel sur le Code Noire)
      Malgré une présence afro sur le territoire européen depuis des siècles, on attend tj d’être reconnu.e.s comme citoyen.ne.s à part entière, on se passerait bien des universalistes blancs qui continuent à nous trouver exotiques (woah tu viens d’ou? Et tes cheveux omg! )…
      Voici quelques désaccords profonds que jai avec des « gentils universalistes blancs » que j’ai pu rencontrer. Des gens qui sont bien plus dans le « je ne vois pas les couleurs » car s’ils les voyaient ils comprendraient pourquoi le prolétariat n’est pas uni. Parce qu’il n’y a pas UN prolétariat mais plusieurs. Les femmes racisées sont un prolétariat à part entière, qui doivent également naviguer dans un monde blantriarcal (blanc + patriarcal), et si on ne le voit pas vraiment, on fait partie du problème 😕

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    2. Peut être que je ne comprends pas correctement le propos, mais il me semble que le concept de « occupez vous des vôtres » est au contraire assez simple à comprendre. Aujourd’hui au sein même d’organisations syndicales, d’associations ou encore de partis politiques de « gauche » il y à du racisme. Dans les propos, les pratiques, les prises de positions, dans la structure même souvent aussi. Ce n’est pas aux racisé-e-s de lutter contre ce racisme (ielles en sont déjà les victimes et luttent déjà tous les jours contre), qui se trouve dans nos rangs. C’est à nous blancs de nous emparer de ces questions, sur les bases des analyses, demandes, explications, fournies par les racisé-e-s, et de dégager tout ça. Il est là l’enjeu, s’occuper des nôtres de notre racisme.

      Quand à la convergence des luttes, m’est avis qu’elle se réalisera quand nous aurons compris globalement à gauche qu’elle dépend de notre capacité à suivre les mots d’ordres des luttes anti-racistes, il est compliqué d’exiger que certains et certaines rejoignent nos luttes si nous ne sommes pas prêts à rejoindre les leurs. Comment expliquer que nous sommes incapables d’être globalement solidaires à minima dans les propos, et de manière plus sérieuse dans le réel, des mouvements « Justice et vérité » qui quadrillent les territoires ? Comment expliquer que certains des nôtres jugent que des affrontements dans un quartier entre les habitants de ce dernier et la police à cause d’un énième meurtre font de ces personnes en lutte des « idiots utiles du capitale » ?
      Et ce ne sont quelques exemples d’une convergence des luttes échouée car les efforts sont demandés aux racisé-e-s et exclusivement à eux.

      Si le discours d’extrême droite avance et gagne, c’est aussi parce que nous avons pas expurgé ce qu’il pouvait y avoir de raciste chez nous, dans le camp de la gauche. Ce refus de voir ce qui dans nos pratiques, propos, et actions posait problème est tout autant responsable de ce qui arrive que la situation économique.

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  2. Bravo, vraiment un très bon texte et la vidéo vaut le coup, j’ai envie de l’envoyer à des collègues à la prochaine soit-disante blagues sur les arabes où les noires. Un prof.

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  3. Je connaissais pas le verbe « figuer » 🙂 🙂

    « le sujet du décrochage scolaire ne « figue » pas dans les trending topic de l’humour en ce moment »

    Tu fais un boulot super ! Merci pour tout!

    André

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  4. 100 % d’accord avec toi Alma! Je tiens à te préciser que je suis blanche, précaire et que j’ai réfléchi à mes privilèges. Je me rappelle une anecdote de ma première et dernière nuit debout dans une ville de province alors que deux jeunes gens racisés s’exprimaient à propos de leur difficulté à faire connaître leurs problèmes aux blanc.che;s réunis ce soir là. Ces derniers un peu énervés par le ton de leur intervention leur ont dit « beh! vous voyez ! On vous la donne la parole! ».J’ai levé le doigt pour rappeler que on ne leur donnait pas la parole mais qu’elle était à tout le monde. Du coup, je suis partie vénere en me disant qu’on ne m’y reprendrais plus!
    Je vais déguster ce que tu sers sur ta toile avec plaisir et te souhaite plein de bonnes choses

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  5. Après lecture de tout le post, j’ai le sentiment d’enfin arriver au cœur du sujet dans la conclusion:

    « en 2017, entendre un supposé camarade de lutte se marrer en parlant de « jouer au négro », ça ne m’inspire pas le respect. Try again. Comme une impression de déjà-vu. En 2017, « négro » et « bamboula » ça reste convenable à droite et à gauche. »

    Et c’est vraiment n’importe quoi. Comme si les deux mots se valaient, comme si Ludo avait jamais, une seule fois, employé le mot « bamboula » dans ses vidéos ou ailleurs. Vous arrivez à transformer sa fierté enfantine d’avoir sympathisé avec ses voisins noirs en négrophobie, vous êtes forte. Les gosses de riches blancs rêvent d’êtres des rappeurs noirs, et les gosses de noirs pauvres essaient de se saper avec des marques qui font toutes leurs pubs sur une imagerie WASP. C’est marrant, vous accusez de racisme justement ceux qui pratiquent l’appropriation culturelle. Mais c’est vrai, l’appropriation culturelle c’est mal. Les tentatives de jeunes de se bricoler une identité qui ne serait pas celle de leurs ancêtres avec ce qu’ils ont sous la main, vu que leur culture d’origine est morte, détruite par le capitalisme ou à des milliers de kilomètres, c’est mal. Finalement c’est vrai : les expatriés sont toujours beaucoup plus conservateurs que leur culture d’origine. Ils sont coincés dans leurs souvenirs. C’était mieux avant…

    Votre division entre les « vôtres » et les « nôtres »… Mais non, le retournement de stigmate des victimes du racisme ne saurait dégénérer en racisme pour de basses raisons politiques. Les nobles discours des intellectuelles racisées parlant au nom d’un « nous » racisé ne sauraient receler d’appétits de pouvoir personnel.

    Cela marche super bien d’ailleurs, votre « conscientisation de la population racisée », ça en rajoute à la concurrence des victimes et ça a le don de mettre en rage les petits blancs pendant que, tiens, de son côté le FN parie sur la guerre civile entre blancs et racisés. Quelle brillante stratégie. Quel bel élan d’amour et de solidarité.

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    1. Je vous invite à trouver les vidéos où je parle de la convergence des luttes et des difficultés de converger avec des personnes qui ne comprennent pas ce qu’est l’oppression raciale. Cette fierté enfantine, ça s’appelle de la négrophilie, très courante à gauche c’est vrai (je vais meme probablement changer la titre de l’article)! Si pour vous « jouer au négro » dans la bouche d’un Blanc c’est affectueux, c’est votre choix non? Avez vous entendu son interview?
      Je ne compare pas negro et bamboula en soi, mais ce sont des mots que l’on peut tout a fait entendre dans la bouche de personnes non Noires et dans les médias en 2017 sans que ça semble poser de problème. C’est moi qui « ai un problème » bien évidemment. C’est moi qui « retourne » les choses. Et moi qui pensais constater avec mes deux oreilles 😉
      D’après moi, si la guerre civile a lieu entre blancs et racisés, ce sera à mon avis notamment grâce à la contribution des bonnes gens de gauche qui auront échoué à penser intersectionnel et qui ont laissé s’étendre un discours raciste (mais pas que) sans jamais le confronter si ce n’est APRÈS les élections (comme en 2002). Ce que je demande à ces blancs bien intentionnés, c’est de challenge le vote raciste de leurs parents/proches (peu importe) au lieu d’en rire toute l’année (merci le Petit Journal, humour France inter) puis de venir pleurer après coup. Voilà, parce que ça a le don de me chatouiller la critique ^^

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  6. Il y a un autre problème qui n’aide pas quand tu fais face à quelqu’un qui te blesse, c’est que tu ne connais pas non plus la vie de la personne qui a fait sa blague… s’il se permet de la faire en ne pensant pas à mal, c’est peut être aussi que son éducation l’empêche de comprendre que cette blague ne te plait pas, c’est là que tu as l’occasion d’ouvrir les consciences des gens, et sans forcément les rejeter ou les juger. Sache que si tu es blessée parfois par une personne extérieure, tout le monde est blessé tous les jours par une personne extérieure… et peut être même par toi, et je suis sûr que parmi les personnes que tu as blessées (toujours inconsciemment), la plupart n’ont pas osé te renvoyer leur blessure en pleine face en se bouchant les oreilles pour pas t’entendre. Parce que parfois, le coeur est capable de comprendre le coeur de la personne qui est en face. Même s’il est enfoui sous des maladresses… L’ego lui ne sait que rejeter et réagir par peur et tout ce qui est rejet et peur vient de l’ego… Si les vidéos sont une façon de faire évoluer le monde qui nous entoure, c’est cool ! Sinon c’est bof… agissons avec des +++++ et pas avec des —– l’enjeu est grave, il s’agit de s’unir pour faire face au futur, pas de se diviser… PEACE &LOVE

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  7. Voir nuit debout comme un « teuf de parisien blanc », c’est aussi du racisme (c’est d’ailleurs exactement le discours du fn sur la nuit debout).
    C’est voir la couleur avant de voir la lutte contre la loi travail.
    C’est voir qu’il s’agit de parisien blanc avant de voir qu’il s’agit de la lutte contre une loi qui punira tout le monde (blanc comme noir, paris comme banlieue, pauvres dans tous les cas).
    Désolé.

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  8. salut Alma, je suis un blanc pauvre, je me suis marié avec une migrante rdc. On en chie.( Remarque j en ai chié toute ma vie, pas une histoire de couleur, juste le fric l’exclusion, les flics , les cons les salauds tout ça) Je dors pas cette nuit parce que je me fais du souci pour demain tout ça., le fric les papiers, pas le droit de bosser pour elle et moi au chomdu… Je garde ton blog je suis tombé par hasard. je comprends pas pourquoi c est pourri comme ça,ça me fait trop chier ce macron qui arrive, et puis aussi cette montée de racisme depuis 10 ans , et puis que les gens n’aient pas voté Melenchon , J’y croyais pour ce coup la. Je te le dis ya tout qui va peter je le sens…Bisou tu vois je te parle meme pas du propos, mais je t ai compris a 100%

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  9. Bonjour, je trouve votre article très bien écrit, et vous posez les questions intéressantes.
    J’espère que cela amènera « Osons causer » à se poser ces question, pour se remettre positivement en question sur ce point, qui n’est pas un détail, mais crucial.
    Je suis blanc, mais j’ai appris assez l’histoire, je pense et, depuis des années, je me situe entre deux.
    Il ne pourra y avoir convergence que lorsque il y aura suffisamment de compréhension, et c’est aux blancs oui d’avancer d’avantage, il y a tellement de retard, dû à une transmission biaisée et une continuité factuelle des dominations.
    Merci.

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  10. Très bel article, merci pour ce travail et toutes les ressources que tu as linké !
    Le racisme de gauche, ce fléau…
    France Insoumise / Nuit debout, etc… sont des partis et mouvances de blanc-he-s, Et ça se voit, iels véhiculent des clichés racistes (exotisation, islmamophobie, colorblind, universalisme, néoclonialisme) sans aucune remise en question de leur part – puisqu’iels sont de gauche forcément iels ne sont pas racistes, hein, mais bizarrement très peu de racisé-e-s dans leur rang…
    J’ai eu des débats houleux durant cette période présidentielle, les plus douloureux étant avec celleux de la France Insoumise ! Incroyable niveau d’indécence envers les racisé-e-s et les musulmans, une infantilisation high level, sans pouvoir à un seul moment leur faire admettre que certains de leur propos étaient plus que problématiques ! En tant que racisée j’ai vécu ça comme une tentative de silenciation assez énorme, une absence de remise en cause qui m’a vraiment dégoutée.
    Et là où c’est le plus dur à encaisser c’est que j’ai assisté à ça dans les milieux dits « féministes »……

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    1. I feel you sis. C’est difficile. Je pense vraiment que l’héritage de notre génération de descendant.e.s d’immigré.e.s non-blanc.he.s en France consiste à aussi porter au grand jour cette bienveillance raciste qui transpire de la gauche. Nous avons eu le privilège d’avoir eu accès à toutes ces ressources via Internet, nous n’avons plus à nous coltiner tous les militants paternalistes pour nous dire comment mener notre lutte qu’iels peinent tant à comprendre. Plus d’énergie pour nous.

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