Paroles de français.es racisé.e.s qui votent Le Pen en 2017

Tw: contenu estampillé E&R / Note: le jeune frontiste d’origine maghrébine qui évoque le racisme hypocrite des bobos du canal St Martin comme un des vecteurs de sa prise de conscience que « le racisme c’est pas que le FN »

#çasentlevécu #racismedegauche #bravolesbobosparigots

J’ai longtemps essayé d’éviter de juger les électeurs FN parce que j’espère le meilleur des autres et de moi-même, et je sais pertinemment que LES IDÉES du FN ont atteint les électeurs probablement bien avant que le parti ne fasse son chemin jusqu’aux résultats du 23 avril. Néanmoins j’essaie encore de comprendre un peu plus pour savoir comment rester dans une certaine forme d’inclusivité. Être condamnée à découvrir chaque matin des ennemis politiques nouveaux… Je l’explique notamment par un racisme intériorisé/non déconstruit, dont j’ai aussi été coupable, ainsi une foi intacte dans l’innocente méritocratie élitiste française, que j’ai abandonné depuis longtemps. Quant aux origines et combats de longue date du parti… Ignorance ou déni? Je ne sais même plus, et je ne veux pas être condescendante. On arrive à une dead end. Le manque de temps est criant.

On condamne les communautarismes pro-noir, pro-femme (dans le sens « pour la libération des » noir.e.s arabes asiatiques lgbt…) mais on va voter FN?
Comment tenir la posture morale de la préférence nationale si on est tant contre les communautarismes? Qu’est-ce qui rend ce communautarisme-là si spécial?
Et si les races ont été créés de manière stratégique et arbitraire à la fois? Le genre aussi? Et les frontières? Les identités nationales? Qui choisit quelles sont les identités meurtrières? Et si une identité n’était pas fixe ou monolithique?…
Comment l’État Nation individualiste start up de Macron est devenu le fantasme de certain.e.s jeunes issu.e.s de l’immigration post coloniale biberonnée à Scarface et au Loup de Wall Street? Comment des français.e.s afrodescendant.e.s / rroms / arabes / asiatiques / féministes / lgbt en arrivent à voter FN?

Je me sens un peu comme Liza Minelli dans Cabaret. Berlin, en pleine normalisation de l’idéologie fasciste.

Essayer de répondre à tout ça me semble un passage obligé, mais 2 problèmes se posent.

1-  hors saison électorale ça ne semble pas intéresser grand monde

Mon expérience personnelle du politique, c’est aussi cette frustration. Toute l’année, j’essaie d’avoir ces conversations. Parfois dans un entre soi politisé, mais aussi au travail, à la maison, en soirée. Je participe à des conversations publiques ou privées qui mettent les gens mal à l’aise. Et on ne se gêne pas pour me le faire comprendre.
Mais la campagne commence, et je me noie dans une TL entre les soutiens partisans et les selfies dans les bureaux de vote. Bien que je sois allée voter, ça n’a certainement pas été une expérience aussi agréable que ce que j’ai vu. Je mettrai ça sur le filtre facebook: « ma vie est tellement awesome, même voter en 2017 c’est awesome ».

Pourquoi attendre l’élection pour débarquer alors même que ce qui y sera débattu est intimement lié aux questions cités ci-dessus?

2- des bulles de disponibilité

Un certain militantisme a certes ses défauts et dérives (quelle aventure humaine n’en a pas), et je le tiens peut-être à tort à un plus haut standard moral que le reste de la société. Le fait est qu’il n’y a pas tant d’endroits où l’on peut politiser nos vies toute l’année sans attendre le feu vert du Conseil d’État. Cette « bulle » qui peut être un refuge comme une prison s’avère être un laboratoire politique et humain extraordinaire.

Cette bulle, c’est un espace-temps d’attention et de cerveau disponible si précieux pour penser la coordination depuis la base et les marges. Des façons nouvelles d’aborder des questions épuisées par les polémiques et les micro-trottoirs. Se remettre en situation dans nos corps, nos communautés politiques et culturelles, notre travail, nos familles, et estimer et investir une participation active et une responsabilité. Prendre le temps d’aller chercher les expériences qui nous manquent pour être plus justes et plus pertinent.e.s dans nos propositions et nos révolutions. Envisager toutes les dimensions des luttes, car tout le monde n’a pas les moyens de la lutte.

L’une des plus grandes réussites du capitalisme aura été d’inscrire au fin fond de chacun.e d’entre nous que [le temps c’est de l’argent]

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