AFRICAPARIS au Carreau du Temple: compte rendu du 14 février 2015 (partie 1)

Je m’y prends avec un peu de retard, mais mieux vaut tard que jamais.

J’attendais avec impatience ce week end d’échanges, de rencontres et de découvertes dans le cadre d’AfricaParis, salon consacré aux cultures afropéennes à deux pas de la mairie du troisième arrondissement. L’invitée d’honneur, la metteur en scène Eva Doumbia et le Carreau nous avaient concocté un beau programme: danse, gastronomie, théâtre, musique, beauté. Voyez par vous-mêmes:

Programme AfricaParis au Carreau du Temple

Léonora Miano devait ouvrir le bal dès le jeudi soir avec une conférence, mais elle a été annulée à mon grand regret. Mais ce n’est que partie remise.

  • Bienvenue à AFRICAPARIS

Cet événement a rassemblé des profils très variés dans leurs origines et leurs parcours, qui se rejoignent dans (au moins) un objectif: l’importance de réfléchir aujourd’hui à une perspective afropéenne tout en révélant la multiplicité de cette identité, et discuter non seulement de la présence mais aussi de l’avenir des Afrodescendant-e-s en France. Le tout à la lumière de l’Histoire et de notre désir de faire entendre nos voix, de montrer nos visages et de partager nos expériences.

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Swaggance Afropéenne

La Halle du Carreau avait été investie par de nombreux stands de créateurs-trices de textile, bijoux et accessoires dont les étals regorgeaient de jolis vêtements et objets colorés. Robes en wax, bijoux en ébène, pantalons thaïlandais revisités et escarpins customisés faisaient face à un rayon entier de stands dédiés aux cheveux afro.

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Il pleut peut-être dehors, au Carreau il fait beau

Pour retrouver ce genre d’articles, direction Afrikréa, le marché en ligne dédié à la création africaine.

http://www.afrikrea.com/

  • Une table ronde en bonne compagnie

Une pause déjeuner au stand de cuisine sud-africaine et me voilà partie pour la table ronde La représentation des corps noirs sur les scènes françaises modérée par la militante et fondatrice de l’association Les Indivisibles Rokhaya Diallo. En voici un résumé non exhaustif.

Rokhaya Diallo présente les intervenant-e-s
Rokhaya Diallo présente les intervenant-e-s

La politologue Françoise Vergès (Présidente du Comité pour la mémoire de l’esclavage depuis 2008) a ouvert la discussion en effectuant un rapide historique de la « présence noire » en France. De nombreux-ses Français-es associent à tort cette présence sur le territoire à l’âge d’or de la colonisation. Madame Vergès nous a rappelé que bien qu’il existe des traces de la présence d’Africain-e-s en France dès le XVIème siècle, c’est seulement au XVIIIème (siècle des « Lumières », tiens, tiens) que l’on voit apparaître un décret contre la présence africaine et noire sur le territoire français. Quand on vit encore dans le récit national officiel, il est difficile d’imaginer que le pic de la traite négrière était contemporain des Droits de l’Homme… Si ‘imagerie abolitionniste se répandra au XIXème siècle, c’est lors du XXème que les mouvements anti-impérialistes et anti-coloniaux prendront véritablement leur essor, et nous savons que les héritiers de ces derniers sont toujours vivants et indispensables aujourd’hui en 2015.

Françoise Vergès a également partagé sa recherche de traces de la présence noire ou de la colonisation dans la peinture française, au Louvre par exemple. Si les corps noirs eux-mêmes n’y sont que très peu visibles, elle a à juste titre remarqué que les produits de la colonisation y étaient, eux, très nombreux. Tabac, sucre et café sont en effet très représentés dans les peintures de l’époque. Ces derniers ont été rapidement adoptés et intégrés à la société française par des associations qui frôlent l’aléatoire. Les dynamiques de genre ont voulu que le tabac soit associé au masculin et le sucre au féminin…

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De gauche à droite: Françoise Vergès, Alice Diop, Maboula Soumahoro

L’enseignante et chercheuse spécialiste des civilisations Maboula Soumahoro a ensuite pris le relais pour mettre l’accent sur l’aspect relativement nouveau du phénomène de la racialisation qui accompagna la « découverte » du Nouveau Monde par les colons européens. Soit l’association d’un statut économique, politique et social à une couleur de peau. Il est toujours important de rappeler que le corps noir est né en même temps que le corps blanc. Ces deux identités ont été construites et immédiatement hiérarchisées au profit des Blanc-he-s. Et comme Maboula Soumahoro le dit si bien, la France continue depuis de se rêver blanche…

L’activiste João Gabriell, auteur du blog Chronik de Nègre Inverti a quant à lui développé sur la visibilité des corps noirs dans les médias contemporains, des films aux séries, en France métropolitaine, aux Antilles comme aux États-Unis. Cette comparaison se fait en effet de façon quasi-immédiate, étant donné le peu de représentation consacrée aux Afrodescendant-e-s dans les médias français grand public. João s’est efforcé de bien différencier les deux aspects de la nécessité de cette représentation. Entre qualité et quantité, il est en effet préférable de ne pas s’arrêter à une simple comptabilité des rôles écrits pour ou joués par des Noir-e-s, mais à s’efforcer de déconstruire le modèle « d’attribution » de ces derniers dans les médias grand public. Inévitablement, il a été question du téléfilm Fatou la Malienne et de Bande de Filles de Céline Sciamma et des dynamiques de race et de genre qu’on y retrouve.

João Gabriell et Rokhaya Diallo
João Gabriell et Rokhaya Diallo

La réalisatrice Alice Diop nous a parlé de son documentaire La mort de Danton, et de son expérience de la production et  des conditions de tournage en tant que réalisatrice et documentariste noire. Elle a également évoqué la difficulté de faire accéder les corps noirs à l’universalité dans notre société, où ils semblent rester confinés à une expérience « autre », tandis que le corps blanc (dois-je préciser masculin?) fait figure d’universel.

Le dramaturge Alain Foix s’est plutôt intéressé au questionnement de l’image en tant que contenu alimentant notre pensée et conditionnant notre rapport au monde. Entre esthétique et anthropologie, il est revenu sur l’importance de l’imagination comme processus de déplacement et de recréation des images.

Après les questions du public, la salle s’est empressée de rejoindre la Halle du Carreau pour écouter le flow révolté de la rappeuse Casey.

Casey en live
Casey en live

Dans la foule, je vais rapidement saluer João Gabriell, que tout le monde s’arrache, puis je retrouve Amandine Gay, militante afroféministe et réalisatrice du film Ouvrir la Voix/Speak Up/Make your Way qui animera la semaine suivante une conférence-débat autour de la réappropriation de la parole des Afrodescendantes dans le cadre de la Semaine Anticoloniale et Antiraciste.

Décidément, le mois de février s’annonce bien!

Souvenir vidéo du week end par Panelle & Co.


Par ici…

Dans la 2ème partie, review pas du tout objective de la pièce Afropéennes d’Eva Doumbia, d’après des textes de Léonora Miano.

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